Ce qu'était Mendès à vingt-quatre ans, vous le verrez en jetant les yeux sur une photographie reproduite ci-après, et que commente ce joli croquis de Banville :

MÉDAILLON

Avec son jeune visage apollonien, et son menton ombragé d'un léger duvet frissonnant que n'a jamais touché le rasoir, rien n'empêcherait ce jeune poète d'avoir été le prince Charmant d'un des contes de Mme d'Aulnoy, ou, mieux encore, d'avoir été dans la Sicile sacrée, à l'ombre des grêles cyprès et du lierre noir, Damète ou le bouvier Daphnis, jouant de la syrinx et chantant une chanson bucolique alternée, si ses yeux perçants et calmes, et sa lèvre féminine, résolue, d'une grâce un peu dédaigneuse, n'indiquaient tous les appétits modernes d'un héros de Balzac. Son front droit, bien construit, que les sourcils coupent d'une ligne horizontale, est couronné d'une chevelure blonde démesurée, frisée naturellement, et longue comme une perruque à la Louis XIV. C'est, sans doute, d'une pareille chevelure dorée, ensoleillée et lumineuse, qu'était coiffé le fils de la Muse Calliope, quand cet excellent musicien déménageait les arbres tout venus par un procédé élégant et économique, dont il n'a malheureusement pas légué le secret à nos jardiniers actuels.

THÉODORE DE BANVILLE.

Les Annales politiques et littéraires, 14 février 1909, p. 156.


ECHOS

Mort de Catulle Mendès. — Le Banquet Saint-Pol-Roux. — Une lettre de M. Georges Batault. — L'Aéroplane conduit à une « impasse ». — Une « Passion » piémontaise. — Bettina von Arnim. — Une conférence sur Louis Le Cardonnel. — L'Association des Concerts Séchiari. — Publications du Mercure de France. — Le Sottisier universel.

Mort de Catulle Mendès. — D'un accident brutal, Catulle Mendès est mort, le 8 février, à Saint-Germain-en-Laye. Il avait soixante-huit ans, mais il était plein de santé. Sa généreuse intelligence était plus active que jamais. Il disait la joie qu'il avait des représentations prochaines de Bacchus, à l'Opéra, et de l'Impératrice, au Théâtre Réjane ; il prouvait un entrain juvénile quand il racontait ses innombrables souvenirs, et c'est avec une verve fougueuse qu'il parlait à ses amis des livres qu'il allait écrire.

Catulle Mendès avait débuté très jeune. On sait toute la variété de son œuvre. On y trouve des poèmes : Philomela, Hespérus, Contes épiques, le Soleil de minuit, Intermède, Lieds de France, la Grive des Vignes, les Braises du Cendrier ; des drames : les Frères d'armes, les Mères ennemies, la Femme de Tabarin, la Reine Flammette, Médée, Glatigny, Sainte Thérèse ; des poèmes d'opéra : Isoline, Gwendoline, la Carmélite, le Fils de l'Etoile, Ariane ; des ballets et des pantomimes : le Docteur blanc, Chand d'habits, le Cygne ; des romans : le Roi Vierge, Zohar, la Première Maîtresse, la Maison de la Vieille ; des contes, dont les plus célèbres sont les Monstres Parisiens. Il écrivit à la gloire des poètes de son âge la Légende du Parnasse Contemporain. Comme critique littéraire, dramatique et musical, il joua un rôle important. Un des premiers en France il avait compris et admiré Wagner. A la suite de l'exposition de 1900, il fit un rapport sur la poésie française au XIXe siècle. On sait enfin que depuis de nombreuses années il signait la critique dramatique au Journal, dont il avait assumé la direction littéraire. Nous parlerons plus longuement de Catulle Mendès et de son œuvre dans notre prochaine livraison.

Ses obsèques ont eu lieu le 10 février. L'affluence était considérable, et tant de couronnes et de gerbes de fleurs avaient été envoyées qu'un char et le corbillard en étaient complètement recouverts.

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Léon Dierx, le fidèle ami du défunt ; Jean Richepin, Jules Claretie, Paul Hervieu, de l'Académie Française ; Georges Lecomte, président de la Société des Gens de Lettres; Eugène Fasquelle, Gustave Kahn, Saint-Pol-Roux, Adolphe Brisson et au cimetière Montparnasse, des discours ont été prononcés par MM. Jean Richepin, George Lecomte, Adolphe Brisson, Marcel Ballot, Edmond Haraucourt, Alexis Lauze et Gustave Kahn. Un poème de M. Robert Zévaco a été dit par M. Albert Lambert fils.

Mercure de France, 1er juin 1909, p. 760-761.