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17 février 2025 Gourmont-Ponge « Erreurs de Gourmont sur la décadence venant de ce qu’il ne voit pas que ce n’est pas le génie ou la pensée ou la vision qui tombe mais la langue, l’instrument. Il est bien certain que les langues disparaissent ou plutôt que les langues parlées se modifient constamment et profondément d’après des lois sociales et naturelles. La langue littéraire ne dure qu’un certain temps dans ce qu’on appelle une langue. » (Francis Ponge, Proverbes ou arguments ou l’École de la contradiction, Œuvres complètes, tome II, Gallimard, Pléiade, 2002, p. 1037). Commentaire page 1665 : « Les propos de Ponge sont plutôt elliptiques, mais ils s’inspirent sans doute de La Culture des idées (Mercure de France, 1900) dont le chapitre IV, « Stéphane Mallarmé et l’idée de décadence » (p. 93-107), permet à Remy de Gourmont de présenter son « analyse historique » de la décadence […]. » R. de Gourmont « Il parle de Schopenhauer qui a employé le mot rumination. Lui-même parle de ruminement. Mais ils l’emploient dans un sens banal et plus étroit que moi. Ils ne considèrent comme rumination que le travail subconscient de l’esprit. Ils croient à une conscience, à une volonté, indépendantes de ce ruminement. Pour moi tout est rumination : action logique, construction de l’esprit philosophique, analyse et synthèse, toute l’intelligence en somme, comme toute l’activité pratique. » (Francis Ponge, Œuvres complètes, tome II, op. cit., p. 1047). À propos de « La création subconsciente », chap. II de La Culture des idées. Commentaire page 1670 : « Gourmont n’utilise pas spécifiquement le terme de ruminement que Ponge a visiblement créé ; il parle plutôt de « rumination subconsciente » […]. » Communiqué par Gérard Poulouin. 13 février 2025 Le cauchemar du biographe. Remy de Gourmont l'a répété, on ne peut se fier aux témoignages. Comparons ces deux textes écrits par le même « témoin », André Billy, à presque 20 ans d'intervalle : Je le [François Bernouard] retrouvai installé imprimeur et éditeur dans le fond de la cour, au rez-de-chaussée, 71, rue des Saints-Pères, entre un lapin blanc angora surnommé Francisque Sarcey et un lapin fauve surnommé Gaston Deschamps. (La Terrasse du Luxembourg, Arthème Fayard, 1945.) Dans cet atelier de Bernouard vivait un lapin qui était énorme et qui avait la fourrure rousse d'un lièvre. On l'avait surnommé Remy de Gourmont, peut-être tout simplement, parce que, dans la même maison, habitait l'auteur de ces Promenades littéraires. Si on avait ainsi surnommé le lapin, ce n'était pas par irrespect, car il régnait dans notre petit groupe une profonde admiration pour Gourmont, c'était par gentillesse et parce que tout le monde aimait ce lapin autant qu'on vénérait Remy de Gourmont. ( « 71, rue des Saints-Pères », Le Soir, jeudi 19 septembre 1963.) [article communiqué par Laurent Six] A suivre. Léautaud ! 21 janvier 2025 Léautaud ! Je commençai à feuilleter quelques revues ou journaux illustrés qui étaient sur une petite table. Des portraits de l'Ermite de Fontenay-aux-Roses m'apparurent une fois encore, puisque nous les rencontrons partout maintenant ; j'imaginais la stupeur de Vallette, Gourmont et Dumur s'ils revenaient parmi nous : le cher Léautaud devenu « pin-up boy » et, tout en grommelant, soignant sa popularité comme une Martine Carol. (Louis Cario, Rolet, 11 février 1954.) § Palmarès de l'élève Rémy de Gourmont au lycée de Coutances, comprenant notamment l'année 1869 (longtemps présumée manquante) et publié dans mon édition des Ecrits normands de Gourmont, Paris, classiques Garnier, 2023 : 1868, classe de 8e 1869, classe de 7e 1870, classe de 6e 1871, classe de 5e 1872, classe de 4e 1873, classe de 3e 1874, classe de seconde 1875, classe de rhétorique (reçu à la 1re partie du baccalauréat) 1876, classe de philosophie (reçu à la 2e partie du baccalauréat) (En 1875, au concours académique, entre les 17 lycées et collèges de l’Académie de Caen, a obtenu le 2e accessit d’anglais.) .............................................................................................................................................. 12 janvier 2025 Sixtine, par Remy de Gourmont, c’est l’étude très poussée d’une passion d’homme de lettres pour la femme charmante et vaine qui donne son nom au roman. L’analyse de la maladie passionnelle dans un cérébral exclusif comme Hubert d’Entragues, est d’une acuité digne de ces théologiens du bon temps, qui ne reculaient devant l'examen d’aucun cas de conscience, même les plus scabreusement délicats. Une contre-partie, où le thème essentiel se retrouve transporté en un précis et lumineux symbole, vient encore augmenter l’originalité et la valeur de ce livre singulier et très attachant. D’ironiques silhouettes où pourra se reconnaître en ses gestes et pensées la jeunesse littéraire actuelle, font tapisserie autour du principal motif. (Revue des livres nouveaux, anciennement Lettres aux châteaux,1er juillet 1891, p. 290-291.) § […] « Les Ballades françaises, s’écriait Rémy de Gourmont, c’est bien plus amusant que la plupart des romans ; ce sont des contes en même temps que des poèmes, et l’on y jouit de la langue française dans toute sa verdeur, dans toute sa fraîcheur épanouie ». Et Pierre Louys d’ajouter : « On verra, au cours de ces pages, quelle souplesse, quelle mesure et quel équilibre acquiert la phrase, en suivant, selon le tact de l’auteur, un rythme toujours en métamorphose et cependant toujours rigoureux ». Lisez donc Les Fleurs de lys (Flammarion, éditeur, un volume. 10 francs). Ce livre, qui contient plusieurs des ouvrages les plus justement admirés de Paul Fort, obtiendra, certes, le même éclatant succès que les quatre tomes précédents de l’édition définitive des Ballades françaises. (X information, bulletin mensuel polytechnicien, 25 juillet 1926, p. 25.) § III. Sources orales. 1. La plus curieuse, à coup sûr, est l’épopée sur Gormond et Isembart. Du temps d'Hariulf, on chantait journellement en Ponthieu, les aventures du roi païen Gormont qui, à l’instigation du traître Isembart, avait envahi la France, brûlé l’abbaye de Saint-Riquier, et tenté de détrôner le roi Louis. Un hasard heureux a permis de retrouver un fragment de 661 vers de cette épopée, dont la langue dénote la fin du XI° siècle, contemporains par suite de notre chroniqueur. Quoiqu’il se refuse à donner des détails à ce sujet, précisément parce qu’il est connu de tous, Hariulf en dit assez pour nous permettre d’affirmer l’identité de la chanson qu’il entendit avec le fragment découvert. Ainsi il rapporte (p. 143) que Louis, qu'il identifie avec beaucoup de sagacité avec Louis III, tua lui-même le roi Gormont; mais dans la lutte il se rompit les intestins et mourut peu après. Il n’y a rien là d’historique : Louis III se blessa à Tours en poursuivant une jeune fille et mourut à Saint-Denis le 5 août 882, un an après la victoire de Saucourt. (Hariulf, Chronique de l’abbaye de Saint-Riquier (Ve siècle-1104), publiée par Ferdinand Lot, Paris, Picard, 1894, p. XL.) § Radio 45, n° 13, Programmes de la radiodiffusion française du 21 janvier 1945. § Je ne veux pas être paradoxal comme Rémy de Gourmont, qui a lancé cette jolie boutade d’un désabusé de la vie : « Les gens qui ont des convictions ne sont pas méprisables. C’est une maladie de l’esprit », (Paul Théodore-Vibert, Pierre Leleu, Paris, Schleicher frères, 1912, p. III.) À dévorer. Lundi prochain 18 avril commencera la publication d’un roman feuilleton Le Mystère de la Chaussée d’Antin, roman d’amour et d’aventure, qu’il faudra lire après avoir fait un bon dîner au Grand Restaurant Le Meunier, 46, Chaussée d’Antin. (« Informations », L’Intransigeant, 17 avril 1921, p. 2.) Esthétique de la langue française Orthogaffe. L'orthographe a été longtemps hésitante : Monna Lisa ou Mona Lisa ? En moins de deux mois, la presse et le commerce se sont décidés en faveur de la seconde forme. On lit chaque jour dans presque tous les journaux quelque allusion à Mona Lisa et beaucoup de produits industriels se parent maintenant de ce nom. Il y a le parfum, le corset Mona Lisa. Et personne ne paraît se douter qu'il n'est plus question de la Joconde, mais d'une guenon nommée Lisa, car Mona signifie proprement guenon, tandis que Monna (contraction de Madonna) est un terme qui peut se traduire à peu près par Madame. (Guillaume Apollinaire, « La vie anecdotique », Mercure de France, 16 novembre 1911, p. 440.) L’anglais ? des journalistes. Pour des gens qui s’ingénient à prononcer de la façon qu’ils croient être la plus canonique, je n’en ai jamais entendu un prononcer correctement Star wars. Qu’ils disent La Guerre des étoiles, puisqu’ils sont incapables de différencier les deux a. Mais le plus amusant est que dès qu’un prénom est commun aux deux langues ? langages ? languages ? ces minus habens, pour ne pas dire habentes, le prononcent, plupart du temps, à la française. Exemple : Charles , le roi d'Angleterre, a été systématiquement prononcé à la française. Tel animateur d’un jeu radiophonique me fit sourire quand, à propos d’une question concernant Eugène O’Neil, il donna le choix, pour le nom, entre les prononciations anglaise et française. Il allait de soi qu’Eugène se prononçait, je ne dirai pas comme par tcheu nous (Ugène), mais comme chez nous : Eugène. Cela dit, je suis d’avis qu’on prononce tout à la française, surtout les prénoms, et même qu’on les francise, notamment les prénoms russes, comme Andréï. J’avoue, cela dit, que je garde un faible pour Fédor Mikhaïlovitch aux dépens de Théodore Dostoïevski. Quoi qu’il en soit, le meilleur moyen de ne pas se ridiculiser est de prononcer à la française surtout quand cela coïncide : Roth, dont il ne faut faire entendre que le t. Qu’en bon français, on devrait ignorer. N’est-ce pas Catherine Frot ? Sur qui (Ne serait pas plus linguistiquement acceptable de dire sur laquelle ?), certain Dubosq devrait s’aligner : qu’il nous en souvienne : Mesrine n’était que Mérine. Abrégez, je vous prie (Tchekhov). Les abréviations, comme l’eût dit M. Prudhomme, c’est fait pour abréger : pourquoi donc substituer à 2e 2ème, voire 2ièmes ? à 1re 1ère. A priori des abréviations, comme S.N.C.F. (ou SNCF) s’écrivent en majuscules, ce qui n’est pas une raison pour en encombrer le titre complet : Société Nationale des Chemins de fer Français, au lieu de Société nationale des chemins de fer français. Il est vrai que la Bibliothèque nationale a donné l’exemple du suprême ridicule, non seulement en s’intitulant pléonastiquement (i.e. bêtement), Bibliothèque nationale de France, mais en s’abrégeant en BnF, au lieu de BNF. Toujours est-il que je ne (re)connais que la Bibliothèque nationale, alias BN (ou B.N.). Foin de ces bricolages linguistiques, car Mr. Bricolage ne vaut pas mieux qui ignore que non seulement l’abréviation de monsieur est M., mais encore que si l’abréviation était en Mr,, il n’y aurait pas (du moins en français) de point. Cela dit, comme on le pratiqua en un temps antérieur, Mr serait une abréviation commode qui éviterait de se demander de quel prénom (Michel, Martial ou Micheline…) M. est la mystérieuse abréviation. Même si ce qui précède ne sera pas lu de ceux qui l’écrivent, le pluriel de messieurs, comme je l’ai lu de mes propres yeux lu dans une salle des professeurs, n’est pas Mrs mais MM. Quant à l’abréviation de mademoiselle en Melle au lieu de Mlle, lesdites demoiselles ayant disparu de la circulation linguistique, la question ne se pose plus, quoiqu'il me semble curieux qu'on ait, avec madame transformé toutes les femmes en femmes mariées. J’aimerais que vous m’aidassiez à rédiger un petit billet. Nourri dans ma jeunesse de Pim, Pam Poum, il eût été étonnant que je ne fusse point devenu un amant du parfait subjonctif imparfait, voire du plus-que-parfait, parfois déguisé en conditionnel passé deuxième forme. N'hésitez pas à envoyer votre contribution, même s'il s'agit d'un " pan sur le bec ! ", la perfection linguistique n'étant pas de ce monde. |