Apollinaire & Rouveyre

Vers la fin de 1907, Gourmont fait la connaissance d'André Rouveyre, le peintre et futur biographe d'Apollinaire. Leur amitié dure jusqu'à la mort de Gourmont (La Passion littéraire de Remy de Gourmont, Karl-D. Uitti).

1. Catalogue de dessins originaux de Rouveyre, Galerie E. Druet, 1907 (préface)

2. Le Gynécée. 80 nus, Mercure de France, 1909 (glose)

3. Parisiennes. 33 demi-nus, R.-K. Wolff, Leipzig, 1912 et G. Crès & Cie, 1923 (préface)

4. Visages des contemporains. Portraits dessinés d'après le vif (1908-1913), Mercure de France, 1913 (préface)


1. Catalogue de dessins originaux de Rouveyre, Galerie E. Druet, 1907 (préface)

« Il a été tiré de cette plaquette 75 exemplaires sur papier de chine numérotés. Les lettres et les fleurons ont été dessinés et gravés sur bois par P.-E. Vibert. »

Cette préface est un Dialogue des Amateurs, intitulé « Les Figures », qui paraîtra dans le Mercure de France du 16 novembre 1907 et sera recueilli dans Nouveaux dialogues des Amateurs, Mercure de France, 1910.

PORTRAITS

1. Jules Renard 28. Jeanne Granier
2. Lucie Delarue-Mardrus 29. Rose Caron (Rôle d'Orphée)
3. François Coppée 30. M. R.
4. Anatole France 31. Horschowsky
5. Anatole France 32. Mme X.
6. Willette 33. Maurice Barrès
7. Gaston Boissier 34. Simone Benda
8. Bartet 35. Simone Benda
9. Bartet 36. Cécile Sorel
10. Berthe bady 37. Cécile Sorel
11. Sarah Bernhardt 38. Mécislas Golberg
12. Henri Bergson — M. de Radolin 39. Mécislas Golberg
13. Jules Lemaitre 40. Antonio de la Gandara
14. Juliette d'Harcourt 41. Antonio de la Gandara
15. Eugène Carrière 42. Antonio de la Gandara
16. Suzanne Desprès 43. Paul Bourget
17. Henri Rochefort 44. Paul Bourget
18. Elie Metchnikoff 45. Mlle P.
19. Georges Picquart 46. Rachilde — Va[l]lette
20. Adrien Hébrard 47. Catulle Mendès
21. Jean Moreas 48. Comtesse Mathieu de Noailles
22. Forain 49. Ludovic Halévy — Frédéric Masson
23. M. G. 50. Victorien Sardou
24. Adrian Berthelot 51. Louis Schneider — Nozière — Louis Vauxcelles
25. Pie X 52. De Selves — Faguet — Lamy — Victor Margueritte
26. Pie X 53. Comte Robert de Montesquiou
27. Roger Marx 54. P.-E. Vibert

MONOGRAPHIE D'UNE ACTRICE
Six dessins

MONOGRAPHIE D'UNE COMEDIENNE TRAGIQUE ET COMIQUE
Trente-cinq dessins

DIX ETUDES PEINTES

Les dessins qui figurent à cette exposition ont été publiés en un volume intitulé Carcasses Divines, format 23/28. Prix : 5 fr.


La préface du récent album de M. Rouveyre, Le Gynécée (1909), est entièrement gravée sur bois. Cette remarquable xylographie est due à M. Vibert, artiste digne des anciens maîtres (Promenades littéraires).

2. Le Gynécée. 80 nus, Mercure de France, 1909 (glose). Apparition signalée dans le Mercure de France du 16 janvier 1909, p. 384.

La glose du Gynécée et la préface de Parisiennes ont été reprises, sous le titre de « Deux préfaces », dans Promenades littéraires, 7e série, Mercure de France, 1927.

La glose du Gynécée a paru dans le n° 7 (1909) de la revue russe la Balance (Vesy) [source B. Beck].


15 juin 1908

Cher monsieur  R.

Cela m'a fait plaisir d'avoir de vos nouvelles et de savoir que vous étiez au travail. Une série de femmes nues, cela ne peut être que curieux, venant de vous, et cela sera très probablement beaucoup plus que curieux.

Cela m'intéresse énormément.

Le corps de la femme, ou des femmes plutôt, car il y en a bien plus d'une, Dieu merci, m'exciterait, je crois, à des mots qui ne seraient pas tout à fait sans saveur. J'y vois je ne sais pas encore bien quelles litanies mêlées d'esthétique, de physiologie et de discrète luxure. Je ne me dérobe donc point du tout à votre invitation. La manière dont vous parlez de votre œuvre répond bien d'ailleurs à ma propre esthétique, et ce que vous dites est très juste : notre nu ne peut jamais être qu'un dévêtu.

L'intérêt du nu est là pour nous, au moment où le voile tombe et dans le frémissement de la chair à qui on a arraché sa coquille. Au nu triomphant des mauvais poètes, je préfère de beaucoup le nu clandestin de Baudelaire et de tous les pécheurs. J'ai peu besoin que la nudité soit divine, mais il me faut qu'elle soit féminine. Du nu qui ne serait pas du nu de musée, enfin !

Je vous envoie mon bien cordial souvenir.

REMY DE GOURMONT.

Envois :

à Willy

qui vit & chante comme un rossignol,

avec ma profonde sympathie

& de tout cœur

Rouveyre.

Monte Carlo fevr 1909.

Recensement des exemplaires :

n° 1081, 1221

Autres éditions :

El Gineceo, Madrid, 1921 & Madrid, Akal, 1977

Echos

Joaquin Lopez Barbadillo fait paraître pour ses amis, en éditions très précieuses, un enfer où figurent le sieur d'Hancarville et Nicolas Chorier, traduits en espagnol, et un recueil de Coplas licencieuses, comme Quevedo et Gongora ne dédaignèrent pas d'en écrire. Il a reproduit dans sa collection l'album du Gynécée d'André Rouveyre, tel que le publia le Mercure et en respectant jusqu'à la typographie bizarre dans laquelle fut imprimée la préface de Remy de Gourmont. Joaquin Lopez Barbadillo fait précéder le tout d’une étude où il loue le caricaturiste, en même temps que l'écrivain de ces Souvenirs de mon Commerce, qui nous ont découvert tant de surprises. Ajoutons que l’Imparcial a consacré à Rouveyre — et avec enthousiasme — un de ses lundis (Jean Cassou, « Lettres espagnoles : Rouveyre en Espagne », Mercure de France, 15 octobre 1921, p. 532).


3. Parisiennes. 33 demi-nus, R.-K. Wolff, Leipzig, 1912 et G. Crès & Cie, 1923 (préface)

Autres éditions :

Pariserinnen, Zeichnungen von André Rouveyre, mit einem Vorwort von Remy de Gourmont und einem Bildnis des Künstlers von Henri Matisse, Kurt Wolff Verlag, München, 1923


Echos

J'ai corrigé aussi hier [? 1912] celles [les épreuves] d'une préface écrite pour un album de Rouveyre, qui paraît en Allemagne. Il vous l'enverra, je pense ; j'y veillerai. Peut-être que plusieurs choses vous amuseront, même si elles doivent vous agacer un peu. C'est écrit depuis bien longtemps, trois ans, peut-être (Lettres intimes à l'Amazone).

Les « Parisiennes » et la police saxonne. — Le Parquet de Leipzig vient d'ordonner, chez l'éditeur Ernst Rowohlt, la saisie de tous les exemplaires d'un nouvel album de M. André Rouveyre, intitulé Parisiennes, et qui. contient une série de dessins contemporains du Gynécée. En même temps, le tirage de luxe, qui devait être habillé de maroquin plein a été confisqué chez le relieur. Afin de sauvegarder la morale, la police s'est même emparée du stock des prospectus où un fragment de la préface de M. Remy de Gourmont se trouvait reproduit. L'ouvrage, annoncé par souscription, n'avait pas encore été. mis en vente. « Les Parisiennes, écrit le Berliner Tageblatt, sont une collection de dessins à la plume de l'artiste Rouveyre très apprécié à Paris ; un certain nombre de femmes de Paris plus ou moins vêtues, défilent en lignes primitives et rythmiques : quiconque verra ces compositions d'une belle simplicité n'osera prétendre qu'elles ont un caractère suggestif ou excitant. Au reste M. Georges Brandès publia il y a quelque temps dans le Mercure de France un assez long article consacré à l'art de Rouveyre. Mais les Parisiennes seront très étonnées de voir leur invasion graphique et pacifique prendre une fin aussi rapide et aussi brutale. »

Attendons-nous maintenant à une séance mouvementée devant les tribunaux saxons, qui devront confirmer ou lever la saisie (Marcel Montandon, « Echos », Mercure de France, 16 novembre 1912).

Confident de Gourmont, André Rouveyre ne dédaigna pas de collaborer aux feuilles les plus souvent dénoncées par la Ligue contre la Licence des rues ; il travaillait alors dans un esprit d'amour burlesque avant d'en venir à sa Phèdre et surtout à ce Gynécée infernal, le faisant définitivement passer de la papouille à l'écorchage, du grand écart à l'écartèlement (André Salmon, Souvenirs sans fin).

L'audacieux dessinateur de Carcasses Divines, du Gynécée et de Visages des Contemporains, admirateur toujours fervent de Jean Moréas et de Rémy de Gourmont, nous offre maintenant sous le titre d'Amour et Poésie d'Apollinaire un complément tout ensemble solide et raffiné de ses études précédentes. (Philippe Chabaneix, « Poésie », Mercure de France, 1er novembre 1955).

Ernest la Jeunesse, parlant des caricatures d'André ROUVEYRE, a écrit : « Il ne prend pas le temps d'écorcher son client ou sa cliente ; il le sert, ou la sert, sans raffinement de cruauté et sans fignolage sanglant. » En deux ou trois traits — sans la moindre ombre — il a campé son bonhomme, ou plutôt il l'a déformé, disloqué : ce n'est plus qu'un pantin, dont un invisible gnome tirerait les ficelles.

Et, bien que tout en lignes, son dessin est de la plus parfaite ressemblance ; à part seulement que ses « pourtraicturés », comme le fait spirituellement remarquer l'étincelant préfacier M. Rémy de GOURMONT, semblent avoir une vague parenté avec telle ou telle bête de notre connaissance.

C'est ainsi que, dans le présent album, sur la Comédie-Française, M. Le Bargy pourrait être pris pour un carlin ; M. Duflos, pour un autour ; M. Truffier, pour un héron ; M. Berr pour... Consul ; Mme Segond-Weber, ainsi qu'il convient, est un aigle ; Mlle Leconte, une sauterelle... M. Rouveyre est, décidément, bien irrévérencieux ; qu'il prenne garde aux représailles ! (« Revue biblio-critique »,La Chronique médicale, 1er juilllet 1909, p. 448.)

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ERRATUM

P. 448, ligne 26, lire M. R. de Montesquiou, au lieu de M. Remy de Gourmont.

Lapsus calami d'autant plus excusable que ce dernier a préfacé un autre album de M. Rouveyre, le Gynécée, dont il sera, tout prochainement, rendu compte ( La Chronique médicale, 15 juilllet 1909, p. 457).

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Le Gynécée, 76 dessins inédits de ROUVEYRE ; recueil précédé d'une Glose de Remy DE GOURMONT. Paris, Mercure de France, 1909.

« Des traits qui se coupent, se heurtent, s'entre-chevauchent, et les dentelles s'envolent, les nuages se dissipent, le masque tombe, la Femme reste. » L'artiste aurait pu adopter cette devise que lui suggère son préfacier. Soixante-seize corps féminins, ou plutôt soixante-seize attitudes de femmes, sans voiles — ou si peu ! — entendez soixante seize attitudes passionnelles : sourire heureux, fureur débordée, sensualité exaspérée, flancs gonflés, doigts crispés, toute la physiologie, qui confine si souvent à la pathologie, de l'Amour — tel est le Gynécée. C'est à placer sur les rayons de la vitrine secrète, à l'abri des regards et des mains indiscrètes, qui pourraient en trop jaser — oh ! le langage des mains ! — dans une solitude propice (A. C., « Chronique bibliographique », La Chronique médicale, 15 août 1909, p. 542).

Alain-Fournier, « Pierre Eugène Vibert graveur sur bois », La Grande Revue, 10 mai 1910 & Chroniques et critiques, textes inédits réunis et présentés par André Guyon, coll. « Amor Fati », Le Cherche Midi éditeur, 1991, p. 291-292

Jean-Baptiste Baronian, « Traits et portraits », Magazine littéraire, n°436, novembre 2004, p. 16

Jean-Marc Bernard, « Quelques dessins de Rouveyre », Les Guêpes, n°25, avril 1911, p. 144-147

André du Fresnois, « Le Gynécée, d'André Rouveyre », Le Nain rouge, n° 2, avril 1909, p. 62-65 [M. Lugan]

André Gide, « André Rouveyre : Le Gynécée », Nouveaux Prétextes, Mercure de France, 1911

Remy de Gourmont, « Visages », La Fin de l'art, Les Cahiers de Paris, 1924

Jean Moréas, « En rêvant sur un album de dessins », Mercure de France, 1er avril 1909, p. 385-391

« L'album du dessinateur Rouveyre », Je sais tout, 15 novembre 1905, p. 410-411


Texte de la glose du Gynécée, entoilé par Olivier Bogros à l'adresse suivante :

http://www.miscellanees.com/g/glose.htm

A consulter :

Remy de Gourmont vu par André Rouveyre

Lettres intimes à l'Amazone

La Comédie-Française de Rouveyre

Bibliographie, par Livrenblog